Accord céréalier de la mer noire : Les pays africains ont-ils vraiment bénéficié de cet arrangement bancal ?

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Signé en juillet 2022 à Istanbul par l’Ukraine et la Russie, sous l’égide de la Turquie, l’accord céréalier a été maintes fois renouvelé. Le régime de Vladimir Poutine a annoncé cette semaine que l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes en mer Noire ne sera pas renouvelé. Les Africains devraient-ils s’inquiéter à l’annonce de cette décision ?

Le Kremlin estime que les conditions demandées par la Russie n’ont pas été respectées. Il faut préciser que plus de 30 millions de tonnes de céréales et d’autres denrées alimentaires ont pu être exportées dans le cadre de cette négociation. L’on se souvient qu’il y a quelques mois, le président sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine était aller porter un message de détresse au président russe Vladimir Poutine de la part de ses pairs africains. Les Africains voulaient que les autorités russes et leurs adversaires ukrainiens puissent s’entendre pour favoriser l’arrivée des céréales sur le continent.

En effet, l’Ukraine et la Russie sont les plus gros producteurs de céréales dans le monde, notamment le blé et d’autres céréales. Au début de la guerre, l’Afrique étant très dépendante des céréales extérieures a connu une flambée des prix sur un certain nombre de farines entrant dans la composition de certains aliments très consommés par les populations. Cela a rejailli sur les prix des aliments, donc la vie chère. Même les produits pétroliers avaient connu des augmentations exponentielles à cause de la guerre économique que se livrent les grandes puissances, en majorité productrices des hydrocarbures. Il faut aussi reconnaitre que la flambée des prix n’a pas seulement atteint les pays africains.

Mais, pour revenir aux céréales, est-ce que l’accord a véritablement bénéficié aux pays d’Afrique ? sur 30,28 millions de tonnes de céréales transportés à travers des ports ukrainiens depuis l’entrée en vigueur de l’accord, l’Afrique tropicale a obtenu 0,70%; l’Afrique du Nord, 3,02%; l’Asie 9,76%; et 11,60% pour l’Europe de l’Ouest. Cela montre clairement que ce n’est pas l’Afrique qui constitue le plus gros marché pour ces productions. En d’autres termes, les Africains ne sont pas les plus gros consommateurs de ces produits. Le continent dispose d’ailleurs de produits de substitution et cette crise a clairement démontré que si les dirigeants et les peuples sont dotés d’une bonne volonté, l’Afrique peut être autonome vis-à-vis de ces productions extérieures.

Il est vrai que l’impact économique mondial ne sera pas nul. “Je crois qu’il est très important que nous reconnaissions que l’accord céréalier de la mer Noire a contribué à stabiliser les prix des denrées alimentaires dans le monde entier. Parce que l’accord sur les céréales existe, parce que les marchés alimentaires mondiaux savent que des millions de tonnes de céréales alimentaires quitteront l’Ukraine, il a toujours un impact en terme de stabilité sur ces marchés mondiaux. Si l’accord sur les céréales n’est pas prolongé, cela créera une instabilité qui aura un impact global sur le comportement des marchés alimentaires et sur des pays tels que l’Afghanistan, l’Éthiopie, la Somalie et le Soudan“, analyse Shashwat Saraf, du Comité international de secours pour l’Afrique de l’Est.

Il n’a sans doute pas tort, mais les Africains sont capables de surmonter cette situation s’ils le souhaitent. Toute crise est source d’opportunités. C’est le moment pour le continent de profiter de tout le potentiel dont il est doté et dont tout le monde parle, mais que seuls les Africains refusent de voir.

Serge Lenoir

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