Changement climatique : Il faut réviser les normes hydrologiques

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Le mercredi 12 juillet 2023, Lomé la capitale togolaise a connu l’une des pires inondations de son histoire. La pluie a durée plus de 5h de temps. Les quartiers précaires en ont le plus souffert. Cela a fait resurgir l’épineux débat sur la prévention et la gestion des risques de catastrophes dans notre pays; sans oublier que le changement climatique bouleverse les données.

La situation de certains quartiers de Lomé le 12 juillet 2023

Il faut situer le contexte en disant clairement que la situation d’inondations n’est pas propre au Togo et à la ville de Lomé. Plusieurs pays tant sur le continent africain qu’en dehors connaissent ces sinistres. On peut citer Accra au Ghana, Cotonou au Bénin, Dakar au Sénégal, Abidjan en Côte d’Ivoire etc… En Europe, des pays comme l’Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas ont également été touchés ces dernières années. La Chine, les États-Unis et les Emirats arabes unis (EAU) ne sont pas non plus épargnés.

Pour revenir au Togo, il est utile de chercher à comprendre la pluviométrie, notamment au Sud du pays. « Au mois de juin, la saison des pluies connait son pic au Sud du Togo. Le maximum des quantités de pluies est observé au cours de ce mois. Il continue ensuite à pleuvoir jusqu’en août où l’on observe une petite saison sèche », nous a expliqué Dr Kossi Komi, coordonnateur de la recherche au Centre d’excellence régional sur les villes durables en Afrique (CERViDA-DOUNEDON), de l’Université de Lomé.

« Il faut comprendre que depuis le début de la saison pluvieuse jusqu’au pic du mois de juin, il a suffisamment plu. Et le sol est saturé. Quand le sol est totalement saturé et que des quantités énormes de pluies viennent après, l’eau ne peut plus s’infiltrer. C’est ce qui occasionne des inondations. Si vous vous rappelez, le pont d’Amakpapé au Sud du Togo avait cédé en juillet 2008 », a ajouté l’universitaire.

Inondation au Bénin en 2022

Selon le Dr Komi, pour qu’il y ait inondation, il faut qu’il pleuve intensément sur une longue durée, ou bien, il faut qu’il pleuve successivement 3 à 5 jours. Donc, suite à de telles pluies, le sol est totalement saturé. Même si les pluies qui suivent après ne sont pas d’intensité élevée, elles vont engendrer des inondations parce que la capacité d’absorption du sol est dépassé.

Est-ce qu’une pluie comme celle du 12 juillet 2023 au Togo est normale ? « Pour juger de la normalité d’une pluie, il faut que nous puissions d’abord mesurer la quantité de pluie tombée et la comparer à ce que nous avions l’habitude d’observer. Je n’ai pas encore une idée de la quantité de pluie tombée. Mais, je sais que ce n’est pas la première fois ces dernières décennies que l’on observe une telle quantité », a fait observer le chercheur.

Les changements climatiques ont une part de responsabilité dans l’avènement de ces drames. « Le changement climatique contribue à l’augmentation de la fréquence des extrêmes pluviométriques », relève le Dr Komi. Ces dernières années, des efforts ont été fait par les autorités togolaises pour construire des canalisations et des bassins pour drainer et recueillir les eaux.

La situation de certains bassins le 12 juillet 2023 à Lomé

Les dernières pluies ont mis à rude épreuve ces infrastructures. Sont-elles alors inefficaces ? « Il faut reconnaitre que quel que soit le dimensionnement des bassins de rétention d’eau, il y a des pluies exceptionnelles que ces bassins ne peuvent pas contenir. Les bassins sont conçus pour contenir un volume d’eau donné selon la pluviométrie observée ou observable dans la zone où ils sont construits. Il y a des moments où la capacité des bassins peut être dépassée. Dans tous les pays, aucun ouvrage hydraulique ne protège à 100% », affirme-t-il.

Toutefois, selon le spécialiste, si la capacité des bassins est dépassée à une fréquence régulière, si le problème est récurrent, c’est qu’il y a un problème de dimensionnement. Doit-on dire que l’on est impuissant face à une telle situation ? « Non, pas du tout ! Il y a de grands efforts qui ont été fait. Imaginez la situation s’il n’y avait pas ces bassins. Ces bassins sont en train de jouer un rôle très indispensable », déclare Dr Kossi Komi.

« Dans le dimensionnement des ouvrages, il faut tenir compte du fait que le changement climatique est là. Cela pose la question de la révision des normes hydrologiques. Ces bassins sont peut-être construits à partir de formules qui ont été développés pendant longtemps, sans doute au moment où le changement climatique n’avait pas une aussi grande ampleur. Il faut maintenant revoir les méthodes de dimensionnement pour intégrer les changements climatiques en cours. Parce que dans le contexte du changement climatique, il faut se préparer à vivre les inondations de façon beaucoup plus récurrente », a conseillé le Dr Komi.

Inondation en Californie aux États-Unis en 2023

Le positionnement et la vulnérabilité d’une ville comme Lomé, ne relève pas du fétichisme … !

La question de la topographie de la ville de Lomé est aussi une réalité, puisque les eaux coulent des zones de haute altitude vers les zones de basse altitude. Quand la topographie est basse, l’accumulation de l’eau est beaucoup plus facile et cela engendre beaucoup plus d’inondations. Or, Lomé a une topographie basse selon les spécialistes.

« Il faut aussi sensibiliser la population. Vous allez voir beaucoup de canalisations qui sont transformés en dépotoirs. Celles-ci sont sensées convoyer l’eau vers l’exutoire. Quand elles sont obstruées, l’eau ne peut plus circuler. Il y a aussi des gens qui construisent sur ce que l’on appelle ‘’le chemin de l’eau’’. L’eau a son chemin naturel. Malheureusement des gens construisent parfois dans des zones non constructibles. Cela pose le problème de l’urbanisation non contrôlée », poursuit le spécialiste.

Un caniveau parmi tant d’autres à Lomé, rempli de déchet

Selon le Dr Kossi Komi, chacun doit se sentir concerné par le problème et apporter sa modeste contribution, notamment par le respect des textes en vigueur en matière de construction, et le comportement à adopter face aux ouvrages d’assainissement. « Il y aura toujours des inondations, mais les dégâts dépendront de nos comportements », insiste-il.

L’entretien régulier des ouvrages d’assainissement est aussi nécessaire, parce que l’ensablement peut réduire les capacités de ces bassins à contenir l’eau. Les acteurs impliqués dans la gestion des problèmes d’inondation, notamment, l’Agence nationale de la protection civile (ANPC), l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (Anasap), les collectivités territoriales (mairies, et régions), le gouvernement, les services techniques de l’État, la société civile etc… sont davantage appelés à jouer leurs rôles.

Edem Dadzie

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